L'album de Bertrand Lemarchand est paru cet été.

Il s'intitule Clair Obscur et compte treize instrumentaux, entre valse mélancolique, mélodie jazzy ou nuevo tango (inévitable hommage à Piazzolla). L'ambiance, cinématographique en diable, s'appréhende comme la musique d'un film qui n'existerait pas encore.

Mais le compositeur évite l'écueil de la plupart des BO, qui produisent de la musique au kilomètre pour "meubler ". Puisqu'il a attendu 20 ans pour sortir son disque, il y met le meilleur de lui-même, et ses mélodies sont presque toutes inoubliables. On y trouve notamment de belles échappées culturelles, une Petite valse venue du froid qui fleure bon l'Europe de l'Est : ou un Esprit des plaines, ressuscitant les fantômes des Indiens d'Amérique. Il n'oublie cependant pas de revenir à ses propres racines, pour un "hommage à (sa) p'tite mère ", Monique, nostalgique sans être passéiste, populaire sans être musette. Au final, l'album est à rapprocher de certaines anciennes réalisations de Yann Tiersen, comme Le Phare ou Rue des Cascades - en moins minimaliste toutefois. Même s'il a frayé jadis avec des jazzmen, Lemarchand ne profite pas de l'espace qui lui est laissé pour être démonstratif : la virtuosité est tenue en laisse, et les musiciens sont avant tout au service des ambiances et mélodies. Il évite ainsi le défaut de certains disques d'instrumentistes, qui ont tendance à vouloir épater la galerie quand on leur offre l'occasion de s'exprimer sur la longueur. Le piano du pauvre ne joue pas les nouveaux riches et partage la vedette avec d'autres instruments pour servir au mieux les morceaux - se réservant le finale, Sur le tard, comme unique plage solo. Au-delà de sa maîtrise de l'accordéon, Bertrand épate surtout par ses compositions. A les entendre si réussies, on regrette qu'il n'en reste pas plus sur les disques d'Allain Leprest...  

Nicolas Brulebois 
Article paru dans le livre : Allain Leprest / Gens que j'aime - Jacques Flament Editions - 2014